Officier
de réserve, Stanislas Miechowka se trouve en septembre 1939 dans cette
partie de l'armée polonaise qui n'a d'autre issue tactique que de se rendre
à l'occupant nazi. Prisonnier en Allemagne, il considère en 1945
que la fin des hostilités militaires marque le début d'une inacceptable
occupation de la Pologne par l'URSS. Il décide donc de rejoindre cette
partie de l'armée polonaise, alors stationnée en Italie et qui a
combattu aux cotés des Alliés en 1939. Avec elle il est obligé
de se soumettre aux effets politiques de la conférence de Yalta de février
1945 et aux effets militaires de l'armistice du 8 mai 1945.C'est une soumission
administrative, mais pas une soumission morale. Ainsi commence pour lui l'exil
politique. Arrivé à Paris en septembre 1946, il se creuse la tête
pour trouver un moyen de faire franchir le rideau de fer à son épouse
restée en Pologne. Le hasard et l'histoire sont parfois faits de grandes
tragédies et de petites chances. Un courrier est chargé, en juillet
1946 à Rome, d'une double mission : observer le déroulement des
élections de janvier 1947 en Pologne (les alliés signataires du
traité de Yalta avaient donné la garantie purement verbale qu'elles
seraient libres)et faire franchir le rideau de fer à trois personnalités
qui avaient fait leurs preuves dans l'organisation de la Résistance civile
à l'occupation nazie. Etant donné la terreur politique qui règne
alors en Pologne, faite d'exécutions et d'emprisonnements dont le but est
de briser tous les cadres notoirement réfractaires à l'embrigadement
communiste, cette partie de la mission du courrier, qui consistait à sortir
de Pologne trois personnalités, échoue. Mais ses contacts à
Varsovie le mettent en relation avec Madame Miechowka qui avait repris, dès
l'ouverture des lycées( sous l'occupation, n'étaient tolérées
que les écoles primaires, ce qui s'explique par le programme nazi d'éradication
de la " race slave " par l'abrutissement des cerveaux et la destruction
du patrimoine culturel polonais ;l'enseignement secondaire et supérieur
a fonctionné vaille que vaille dans la clandestinité, organisé
par la Résistance civile). C'est ainsi qu'une traversée à
pied des montagnes qui séparent la Pologne de la Tchécoslovaquie
en hiver 1947 a amené Madame Miechowka et son fils, alors âgé
de huit ans, jusqu'à Vitry aux loges. Son mari, nécessité
oblige, y a mis en application des compétences bien théoriques d'ingénieur
agronome qui avait une expérience professionnelle d'organisateur de formations
en Pologne en louant pendant 26 ans une exploitation agricole. Epopée qui
explique pourquoi Madame Miechowka est si attachée au 11 Novembre à
Vitry. J'ai pu
dater avec précision cette page de vie et d'histoire que longtemps je n'ai
connu que par bribes, sous forme d'anecdotes entendues le soir au coin du feu
à Vitry. En effet, la chute du communisme a permis aux rescapés
de la terreur stalinienne d'impulser en Pologne une vraie recherche historique
sur le mouvement auquel ont appartenu mes parents. Jusqu'en 1989, il était
tout au plus mentionné dans les manuels d'histoire ou dans la presse sous
l'étiquette de " fraction réactionnaire "d'un vaste mouvement
progressiste. Ce que la doctrine communiste ne pardonnait pas a ce mouvement,
c'est que ses dirigeants ont toujours refusé de 1928 à 1939, de
l'inféoder à un parti politique , de gauche comme de droite, ce
qui faisait de lui un cas typique d'organisation de jeunesse impossible à
soumettre à l'embrigadement dans un état de structure totalitaire. Irène
nous a quitté vendredi soir , c'était ma mère. Barbara
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